La mort est un nouveau soleil

par | Nov 5, 2023 | 0 commentaires

Références:

Kübler-Ross, Elisabeth

La mort est un nouveau soleil : quand la mort est une porte ouverte sur une autre vie

Pocket

1988

Résumé

Elisabeth Kübler-Ross, psychiatre helvético-américaine, est reconnue mondialement pour différents travaux :

  • Elle a été une pionnière dans l’approche des soins palliatifs pour les malades en fin de vie.
  • À la suite de S. Freud, elle a popularisé les différentes étapes du travail de deuil, qui en compte aujourd’hui huit : choc ; déni ; colère ; marchandage ; tristesse ; résignation ; acceptation ; reconstruction. L’auteure y fait d’ailleurs référence en signalant que le stade de l’acceptation ne peut se faire que si les malades en fin de vie « sont accompagnés par un être qui les aime » (1988 : 35).
  • Elle a surtout été une fervente défenseuse d’une vie au-delà de la mort, ayant étudié nombre de situations d’Expérience de Mort Imminente (dorénavant EMI) – vingt mille cas dans le monde entier (dans des réalités culturelles et religieuses très variées) –, expériences extracorporelles souvent considérées jusque-là comme de simples hallucinations (voir la vie défiler devant soi ; voir une lumière blanche au bout du tunnel ; sortir de son corps et « flotter » au-dessus…).

Ce dernier volet a d’ailleurs longtemps valu à l’auteure diffamation, discrédits et railleries. Il faut dire que la pensée de Elisabeth Kübler-Ross fut longtemps disruptive :

« L’instant de la mort est une expérience unique, belle, libératrice, que l’on vit sans peur ni détresse. » (1988 : 11)

Si l’auteure considère la question de la mort comme centrale, c’est qu’elle permet selon elle de se poser une autre question cruciale : « […] Le fait de se préoccuper de la mort n’est pas une fuite devant la vie – au contraire. L’intégration de la mort dans sa pensée permet à l’homme de vivre de façon plus consciente et plus concentrée et le préserve de gaspiller “trop de temps pour des choses sans importance” » (1988 : 11).

Quand le papillon quitte le cocon : « La mort n’est qu’un passage dans une autre forme d’une autre vie sur une autre fréquence. » (1988 : 11)

Pour expliquer avec simplicité le passage de la vie à la mort, Elisabeth Kübler-Ross évoque la métaphore du cocon et de sa larve, qui seraient un corps humain passager : « Dès que le cocon est endommagé de façon irréversible [suicide, meurtre, infarctus, maladie chronique], il va libérer le papillon, c’est-à-dire votre âme » (1988 : 17). Elle ajoute que « dans la deuxième étape vous serez approvisionné en énergie psychique, alors que dans la première étape vous l’êtes en énergie physique » (1988 : 17).

Pour l’auteure, la mort n’est donc que le passage vers un autre état de conscience (1998 : 40). Pourtant, le concept même d’« âme » est encore sujet à caution. Elisabeth Kübler-Ross s’en explique en évoquant le sifflet pour chien pour comprendre certaines expériences de EMI : « La raison [de ne pas l’entendre] est que l’ouïe n’est pas conçue pour la perception de ses hautes fréquences. De même, l’être moyen ne peut percevoir cette âme qui a quitté le corps, alors que cette âme libérée peut encore enregistrer les longueurs d’onde terrestres pour comprendre ce qui se passe sur le lieu de l’accident ou ailleurs » (1988 : 19).

Que nous apprennent plus de vingt mille EMI : « La mort n’existe pas. » (1988 : 49)

Parmi les observations réalisées par Elisabeth Kübler-Ross et ses équipes, nombre d’entre elles « démontrent » l’existence des EMI, en particulier par leurs caractéristiques communes :

  • Les aveugles « peuvent dire dans le détail quelle couleur et quels bijoux vous portiez à ce moment-là, quel était le dessin de votre pull-over ou de votre cravate, et ainsi de suite » (1988 : 20-21).
  • Suivant la métaphore du papillon, il y aurait une séparation entre l’âme et le corps physique. Évoquant par exemple le récit d’un accidenté de voiture, l’auteure observe que « nous sommes en mesure de regarder tout cela d’une distance de quelques mètres sans que notre état spirituel soit vraiment impliqué » (1988 : 63).
  • Nous aurions donc une nouvelle forme, à côté de notre corps physique « réel ». Mais cette nouvelle forme physique serait particulière : « Si nous étions amputés d’une jambe, nous disposerions à nouveau de nos deux jambes. Si nous étions sourds-muets, nous pourrions à nouveau entendre, parler et chanter » (1988 : 63).
  • La phase de transition entre la vie et la mort est culturelle : tunnel, portail, rivière, pont, col alpin… « La conception du ciel dépend donc de facteurs culturels » (1988 : 78).
  • « Personne ne peut mourir seul » (1988 : 21), puisqu’il n’y a plus de distance ni de temporalité entre les personnes : on sera entouré de personnes très loin de nous ou de personnes déjà disparues, en communiquant notamment par transmission de pensées.
  • À cela s’ajouterait l’existence d’« entités », d’« anges gardiens », qui nous accompagneraient toute notre vie durant, et que nous rencontrerions de manière plus tangible lors de ces expériences de EMI. Mais l’auteure ajoute que « dans des périodes de grande douleur, de grande souffrance ou de grande solitude, notre perception augmente parfois au point de pouvoir reconnaître leur présence » (1988 : 80).
  • Ces expériences ont un effet sur le corps physique. Ainsi, l’auteure elle-même, suite à une expérience de EMI réalisée via des moyens iatrogènes, a été guérie « d’une constipation quasi-totale ainsi que d’un problème dorsal très douloureux » (1988 : 84).

À noter que les expériences extracorporelles peuvent se manifester dans d’autres circonstances graves, comme une chute en montagne ou une noyade (1988 : 68).

Comment percevoir la mort : « Toute souffrance est génératrice de croissance. » (1988 : 36)

Devenant papillon, on comprend que « toute votre vie ici-bas n’est qu’une école par laquelle vous devez passer, que vous devez y apprendre certaines choses et sortir victorieux de certaines épreuves. Quand vous avez terminé le programme et réussi les examens, vous pouvez rentrer » (1988 : 24).

Fort de ce constat, le passage de la vie à la mort révélerait les conséquences de nos paroles, de nos pensées (pensées limitantes) et de nos actes. Elle présenterait la vie comme processus d’apprentissage et de résilience :

« Vous réalisez que c’est vous qui étiez votre pire ennemi, puisque vous devez maintenant vous reprocher d’avoir laissé passer tant d’occasions pour grandir. Maintenant, vous savez que lorsque votre maison a brûlé, que votre enfant est décédé, que votre mari a été blessé ou que vous-même avez eu une attaque d’apoplexie, il s’agissait de coups du sort à messages représentant des possibilités pour grandir, grandir en compréhension, en amour, en toutes choses que nous avons encore à apprendre. Et maintenant vous regrettez : “Au lieu d’avoir utilisé la chance ainsi offerte, je suis devenu de plus en plus amer, ma colère et aussi ma négativité ont augmenté…” » (1988 : 25-26)

L’auteure invite à considérer les événements traumatiques comme des cadeaux pour apprendre et que « rien de ce qui nous arrive n’est négatif » (1988 : 36) :

« […] Lorsque viennent les tempêtes de la vie, pensez que ces tempêtes sont un cadeau que vous reconnaîtrez comme tel, non pas maintenant mais peut-être dans dix ou vingt ans, puisqu’il vous donne de la force et vous apprend des choses que vous n’auriez pas apprises autrement. Si – symboliquement parlant – vous arrivez comme une pierre dans une machine à aiguiser, il dépend de vous d’être complètement broyé et détruit ou d’en sortir comme un diamant rayonnant. » (1988 : 27-28)

« Être malheureux et souffrir est comme forger le fer rouge. C’est l’occasion qui nous est donnée pour grandir. C’est la seule raison de notre existence sur terre. On ne peut pas grandir psychiquement en étant assis dans un beau jardin où l’on vous sert un succulent dîner sur un plateau d’argent. Mais on grandit lorsqu’on est malade ou lorsqu’on souffre, lorsqu’il faut faire face à une perte douloureuse. On grandit si l’on ne se met pas la tête dans le sable mais qu’au contraire, on accepte la souffrance en essayant de la comprendre, non pas comme une malédiction ou une punition, mais comme un cadeau fait dans un but précis. » (Kübler-Ross 1988 : 36)

L’amour inconditionnel

Finalement, l’auteure invite à « aimer inconditionnellement » (« Bien vivre veut dire : apprendre à aimer », 1988 : 31). Ses mots sont forts car, selon elle, « la plupart d’entre nous ont été élevés comme des prostituées » (1988 : 82). Dans des phrases du type « Je t’aime si… », le « si » « nous entraîne à la prostitution, car il nous fait croire qu’avec une bonne conduite ou de bonnes notes à l’école, nous pouvons acheter l’amour » (1988 : 82).

Elle conclut donc que « si nous avions grandi dans l’amour inconditionnel et la discipline, nous n’aurions jamais eu peur des tempêtes de la vie » (1988 : 82). L’amour serait-il le remède ultime de la résilience ?

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Partager