Plus rien ne pourra me blesser

par | Jan 18, 2025 | 0 commentaires

Références:

Goggins, David

Plus rien ne pourra me blesser : maîtrisez votre esprit et défiez le destin

Nimrod

2023

Résumé

David Goggins est connu pour ses exploits sportifs extrêmes et sa discipline mentale inébranlable (« stay hard »). Dans cet ouvrage autobiographique, il relate ses sélections aux Navy SEAL, Ranger et Air Force Tactical Air Controller – trois sélections parmi les plus prestigieuses, et donc les plus dures, de l’armée américaine. Parallèlement, il retrace ses exploits sportifs hors normes, détenant le record du monde de tractions (4030 tractions en 17 heures) et ayant accompli des ultra-marathons comme le Badwater Ultramarathon (349 km) et le Moab 240 (386 km).

Mais ce qui constitue le caractère plus singulier encore de ce personnage, c’est la manière dont il est passé du statut d’obèse illettré doublé d’une malformation cardiaque, à celui d’athlète de l’extrême. Comme il l’affirme, le récit de sa vie « vous permettra de vous confronter à la réalité, de vous considérer comme responsable de vos actes, d’apprendre à surmonter la douleur et à aimer ce que vous redoutez, d’apprécier vos échecs à leur juste valeur, de vivre votre plein potentiel et de découvrir qui vous êtes réellement » (2023 : 11).

Dans cette phrase, l’auteur condense les dix challenges qui ponctuent les dix chapitres de son ordre de mission :

1. Dresser une liste des raisons (forces et faiblesses) qui font ce que nous sommes, qui justifient nos limites, y compris et surtout nos « excuses ».
2. Dresser une liste de nos objectifs et de nos rêves, ainsi que de ce qui nous empêche de les réaliser, de manière objective (technique des post-it sur le miroir des responsabilités).
3. Sortir régulièrement de notre zone de confort pour s’endurcir.
4. Surpasser les objectifs que nous nous sommes fixés ou qu’on nous fixe.
5. Se fixer des objectifs nécessitant de se surpasser, en visualisant le chemin (objectif à atteindre et obstacles à relever).
6. Recenser toutes les épreuves ou échecs passés qu’on a surmontés, et les ranger dans une « boîte à cookies ».
7. Apprendre à dépasser nos limites, bridées à 40% de notre potentiel.
8. Planifier pour éviter les distractions et les excuses.
9. Ne jamais cesser de se surpasser, pour continuer à progresser et à devenir une meilleure version de soi-même.
10. Lister nos échecs et faire leur autopsie : pourquoi ai-je été en échec et que puis-je apprendre ?

Challenge n° 1. Dresser la liste de nos excuses

David Goggins est né en 1975 à Buffalo, dans l’État de New York. Afro-américain dans un environnement raciste, battu par son père, atteint de phobie sociale, d’un fort bégaiement et diagnostiqué TDAH, sa scolarité sera chaotique et jalonnée d’échecs et de tricheries pour s’en sortir. Dresser ce tableau « catastrophique » a été pour lui à la fois une explication et une révélation des raisons de son propre (dys)fonctionnement, ce passé délétère lui permettant de justifier (excuse) ce qu’il était.

C’est à l’aune de ce triste répertoire d’une enfance calamiteuse que l’auteur nous invite à dresser une liste des raisons qui justifient nos limites. En d’autres termes, il nous invite à faire un voyage rétrospectif sur notre passé, partant du constat que ce dernier nous détermine, le plus fréquemment en nous invitant à endosser le costume confortable de victime (en lieu et place d’utiliser ce passé comme un carburant pour aller de l’avant). À l’inverse, il va prôner la prise de responsabilité (nous sommes 100% responsables de qui nous sommes) et la règle du « no limits » (les seules limites sont celles qu’on se fixe).

Challenge n° 2. Dresser la liste de nos objectifs

La suite de son adolescence sera parsemée de tragédies (le meurtre de son beau-père notamment), d’échecs scolaires et d’épisodes racistes. À l’occasion de l’un de ces épisodes, Goggins observe : « La rage qui gronda en moi ce jour-là est indescriptible, mais elle ne s’extériorisa pas. Elle me brisait de l’intérieur parce que je n’avais pas encore appris comment l’utiliser ou de quelle manière canaliser ce flux d’émotions » (2023 : 53).

Dans cette adolescence obèse, Goggins se met pourtant en tête de devenir militaire – il évoque à ce propos l’accident de Scott Gearen, ayant survécu à un terrible accident de parachutisme, lui offrant comme leçon qu’avec de la volonté, on peut toujours rebondir.

C’est ainsi qu’il introduit le concept du miroir des responsabilités, qu’il nous recommande d’établir :

– regarder la réalité en face (ce que le miroir nous renvoie),
– se considérer 100% responsable de notre reflet (se remettre en question)
– se fixer des objectifs pour changer cette réalité (ce reflet), ce qui nous dérange et que nous voulons changer.

Ces objectifs doivent être décomposés en sous-objectifs pour être atteignables. Ainsi, à la place d’inscrire « Je veux courir un marathon », il faudrait inscrire « Je veux courir 5 kilomètres » qui, après avoir été atteint, sera remplacé par « Je veux courir 10 kilomètres », etc. Ces objectifs ne doivent par ailleurs dépendre que de soi (et non des autres ou des circonstances), permettant de développer sa discipline personnelle. Et pour s’endurcir (et donc ne pas abandonner), l’auteur ajoute qu’il faut faire « en sorte de s’épanouir dans l’inconfort » (2023 : 63).

Challenge n° 3. Sortir régulièrement de notre zone de confort

Après un passage dans l’armée de l’air où il pesait 80 kg, David Goggins devient dératiseur (de cafards) et pèse près de 140 kg (replongeant dans l’obésité). C’est dans ce contexte qu’il se met en tête de devenir Navy Seal (pourtant avec une forte aversion pour le milieu aquatique), après avoir vu une émission de télévision qui disait : « “Dans une société où la médiocrité sert trop souvent de mètre-étalon et est trop souvent récompensée […], on ne peut qu’être fasciné par des hommes qui abhorrent la médiocrité, qui refusent de se définir selon des termes conventionnels et qui cherchent à transcender les capacités traditionnelles admises de l’être humain” » (2023 : 80-81). Faisant allusion au film Rocky, l’auteur ajoute qu’il ne faudrait jamais abdiquer et qu’il lui a fallu « trouver la force dans les émotions qui m’avaient mis plus bas que terre, de les exploiter et de m’en servir pour me relever, ce qui est exactement ce que je fis » (2023 : 85-86). Il en arrive à une conclusion qui traverse tout l’ouvrage :

« […] Les limites physiques ou mentales ne sont pas toutes réelles. » (2023 : 86)

David Goggins enjoint donc à sortir régulièrement de sa zone de confort. L’idée serait de faire précisément ce que l’on n’aime pas faire : « Cela implique de se concentrer sur des micros-tâches et de faire une chose que vous n’aimez pas faire tous les jours » (2023 : 93), ceci avec pour objectif d’une part de transformer ses faiblesses en forces et d’autre part d’endurcir son esprit.

Challenge n° 4. Surpasser les objectifs qu’on nous fixe

Le quatrième chapitre relate la semaine d’« enfer », qui fait partie du stage pour devenir Navy Seal. Cette semaine certes teste les capacités physiques, mais révèle surtout la résistance mentale (résilience) :

« Tout dans la vie est un jeu de l’esprit ! Chaque fois que nous sommes balayés par un évènement dramatique, petit ou grand, nous oublions que, quel que soit le degré de souffrance, quelle que soit l’atrocité de la torture, toutes les mauvaises choses ont une fin. Cet oubli se produit à la seconde même où nous abandonnons le contrôle de nos émotions et de nos actions à d’autres personnes, ce qui arrive souvent quand la douleur est à son comble. » (2023 : 105)

Plus généralement est prônée ici une indépendance d’esprit face aux détracteurs, face à celles et ceux qui veulent nous voir ou nous faire échouer. Dans ce cas, l’auteur invite à dépasser les objectifs fixés, dans le but de leur « enlever leur âme ». La force mentale serait ainsi au cœur de ses préceptes : il s’agirait de dépouiller l’âme de ceux qui nous agressent (racisme, harcèlement…) ou qui veulent nous voir échouer (dans le sport, au travail, dans la vie…), telle la grenouille qui fit la sourde oreille.

David Goggins invite finalement à ne pas se satisfaire d’atteindre les objectifs qu’on nous impose (dans le sport, dans l’éducation, dans le travail…) – quelle que soit d’ailleurs la manière dont on nous traite –, mais de les surpasser : « […] Quel que soit l’objectif que l’on vous a demandé d’atteindre, vous devriez avoir pour ambition de le dépasser » (2023 : 119).

Challenge n° 5. Se fixer un objectif et le visualiser, pour ensuite se surpasser

Revenant sur son passé, l’auteur observe qu’il a souvent endossé le costume de victime face à des circonstances défavorables (origines afro-américaines, battu par son père, portant des handicaps l’ayant entraîné vers l’illettrisme, meurtre de son beau-père…), alors que ces circonstances mêmes l’avaient finalement endurci mentalement (résilience).

Faisant référence à l’un de ses exploits sportifs (4030 tractions en 17 heures), il propose une métaphore entre la callosité de ses mains et les défis de la vie :

« […] Avec le temps, après des milliers de tractions, [mes mains] avaient fabriqué une peau épaisse, calleuse, en guise de protection. Le même concept s’applique à l’esprit. Tant que vous n’aurez pas été exposé à des difficultés telles que du harcèlement ou des abus, des échecs ou des déceptions, vous conserverez un mental tendre et sans défense. Les expériences de la vie, surtout quand elles sont négatives, aident à endurcir le mental. Mais c’est à vous de décider du rôle de cette callosité. Si vous choisissez de vous considérer comme une victime des circonstances jusqu’à l’âge adulte, cette callosité se transformera en un ressentiment destiné à vous protéger de l’inconnu. Cela vous rendra trop prudent et méfiant, et sans doute hostile envers le monde entier. Vous serez effrayé par le changement et fermé aux autres, mais ça ne vous rendra pas plus fort pour autant. […] Ma capacité à accueillir tout ce qui pourrait se présenter symbolisait ma volonté de me battre pour ma propre vie, ce qui me permettait d’encaisser des tonnes de souffrance et d’endurcir mon mental jusqu’à pouvoir dépasser cette mentalité de victime. » (2023 : 125-126)

Il promeut ainsi le dépassement de ses propres limites, de son propre système nerveux sympathique : face au danger, plutôt que de renoncer ou de fuir, il invite à se battre contre ses propres limites, considérées comme des peurs et des pensées limitantes. Tout serait donc une question de pensées, de limites virtuelles que l’on s’imposerait – celui qui l’affirme a couru avec les deux jambes fracturées et scotchées pour… continuer :

« La majeure partie d’entre nous est esclave de son mental. Nous ne faisons pas le moindre effort pour tenter de maîtriser le processus de formation de nos pensées car c’est un travail sans fin, impossible à mener en permanence.
[…] L’entraînement physique est parfait pour apprendre à contrôler la formation des pensées parce que, quand vous fournissez un effort, il y a des fortes chances pour que vous ne soyez concentré que sur un seul objectif, et que votre réponse au stress et à la douleur est immédiate et quantifiable. […] La raison pour laquelle il faut donner le maximum quand vous êtes au plus près de l’abandon, c’est que cela vous endurcit l’esprit. » (2023 : 130)

Entraîner son mental et sa persévérance deviennent ainsi un mode de vie pour l’auteur :

« Il n’y a pas de honte à se faire mettre KO. La honte, c’est quand il faut jeter l’éponge pour signifier son abandon. » (2023 : 133)

Fort de ces constats et de ses expériences, David Goggins nous recommande de se fixer régulièrement des objectifs plus élevés, pour se confronter à de nouveaux obstacles. Mais pour y parvenir, il faut savoir pourquoi on se lance de tels défis (sens de ces défis) et visualiser l’objectif et les défis auxquels on sera confrontés :

« Programmer une dose quotidienne de souffrance dans son emploi du temps, tous les jours, exige une autodiscipline exemplaire.
Un tel défi n’est pas forcément d’ordre physique, et la victoire ne signifie pas toujours que vous avez décroché la première place. Cela peut simplement vouloir dire que vous avez fini par surmonter une peur qui était ancrée en vous et que vous avez vaincu un obstacle contre lequel vous aviez toujours buté jusque-là. » (2023 : 150)

Challenge n° 6. Capitaliser sur notre passé

David Goggins a certes une vie hors norme, mais il observe aussi que tout en chacun doit affronter ses propres limites, défis, échecs, blessures… L’auteur propose alors le concept de « boîte à cookies » : il s’agirait ranger dans cette « boîte » l’ensemble des défis et échecs surmontés dans le passé, l’ensemble des « victoires » passées.

Pour mettre en œuvre ce concept, David Goggins invite à dresser son inventaire : « Ne vous contentez pas de faire la liste de vos exploits. Incluez également les obstacles de la vie que vous avez surmontés […], tous les petits échecs de votre vie qui vous ont valu de vous y reprendre à deux ou trois fois avant de finalement les transformer en réussites » (2023 : 176).

De cette manière, face à une nouvelle difficulté, quand tout va mal et quand l’envie d’abandonner devient prégnante, la « boîte à cookies » pourrait servir de réservoir d’énergie pour se surpasser : « Car au cœur de la bataille, quand l’enfer s’impose à nous, nous avons tous besoin de nous appuyer sur quelque chose d’inspirant pour combattre l’épuisement, la dépression, la souffrance et la misère » (2023 : 173).

L’auteur nous met toutefois en garde face à l’apparente simplicité de ce concept : « […] Piocher dans une boîte à cookies quand les choses tournent mal exige de la concentration et de la détermination car ce n’est pas une priorité du cerveau » (2023 : 173).

Ce sixième challenge est donc en résonnance avec le précédent, car surpasser des objectifs posés va « naturellement » alimenter la « boîte à cookies ». Parmi les exemples livrés par l’auteur, l’un des plus parlants est probablement celui-ci : « […] Concentrez-vous sur des tractions ou des pompes. Faites-en autant que possible en deux minutes. Ensuite, essayez de battre votre propre record. Quand la douleur se fait sentir et tente de vous faire arrêter alors que vous alliez atteindre votre objectif, plongez la main dans la boîte à cookies, piochez-en un et laissez-le vous servir de carburant ! » (2023 : 176) :

« Vous rappeler ce que vous avez traversé et de quelle manière cela a endurci votre esprit peut vous permettre d’échapper à une spirale de pensées négatives et vous aider à surmonter un accès de faiblesse, une impulsion soudaine qui vous pousserait à abandonner, pour retrouver la force d’affronter les obstacles. » (2023 : 128)

Challenge n° 7. Dépasser nos limites en reprogrammant notre cerveau

Selon l’auteur, nous réalisons beaucoup moins que ce que nous serions capables de faire (au travail, à l’école, dans nos relations, dans le sport…). Plus précisément, indépendamment de notre seuil de tolérance (à la douleur, à la fatigue, etc.), nous serions programmés pour abandonner à 40% de notre potentiel, laissant ainsi inexploité les 60% restants.

Que ce soit face à la douleur, à la fatigue, mais aussi à la peur ou à l’insécurité, nous aurions un « régulateur » nous invitant à abandonner :

« Cette règle de 40% peut s’appliquer à tout ce que nous faisons, car rien dans la vie ne se déroule jamais exactement comme nous le souhaitons. Les défis sont multiples et, que nous soyons au travail ou à l’école, que nous nous sentions mis à l’épreuve dans nos relations les plus intimes ou les plus importantes, nous sommes tous soumis à la tentation d’abandonner nos engagements, de renoncer à nos objectifs et à nos rêves et d’abdiquer notre propre bonheur à un moment donné ou à un autre. Parce que nous nous sentons vides, comme si nous n’avions plus rien à donner, alors même que nous n’avons pas encore exploité la moitié de ce trésor profondément enfoui dans notre esprit, dans notre cœur et dans notre âme. » (2023 : 193)

Mais il ne suffit pas de prendre conscience de cette règle pour débrider notre cerveau et libérer notre potentiel : il s’agit d’endurcir notre mental au quotidien, par exemple en dépassant nos propres limites chaque jour (challenge n° 5). Pouvoir profiter des 60% de potentiel restant exigerait donc un travail quotidien de dépassement de soi, ce qui fait dire à l’auteur que « la fatigue fait de nous des lâches » (2023 : 195).

Outre la propension « naturelle » à abandonner à 40% de notre potentiel, le fait que cette limite soit communément partagée par l’espèce humaine aurait pour conséquence que tout dépassement de cette limite serait considéré comme hors normes, surhumain et donc malsain. L’auteur évoque ici le danger similaire à celui de Spencer Johnson dans Le courage de l’alpiniste, celui de conseils dispensés par ceux qui ne savent pas de quoi ils parlent, eux-mêmes ne l’ayant pas réalisé ou ne s’y étant pas rendu :

« Nous sommes en général motivés à l’extrême pour faire l’impossible afin de réaliser nos rêves, jusqu’à ce que notre entourage nous mette en garde contre les dangers, les inconvénients ou nos limites en nous rappelant tous ceux qui, avant nous, ont échoué dans leur quête. Ces conseils viennent parfois de personnes bien intentionnées. Elles pensent sincèrement agir pour notre bien, mais si vous les laissez faire, ces mêmes personnes finiront par vous faire renoncer à vos rêves – aidées en cela par votre régulateur. » (2023 : 200)

En somme, David Goggins ne se présente ni comme surhumain, ni comme insensible à la douleur ; il se dit en revanche immunisé contre la douleur. Cela lui permet de dépasser ce 40% du potentiel : là où son cerveau lui dit d’arrêter, pour toute une série de « bonnes » ou « mauvaises » raisons, David Goggins continue. Abandonner ou abdiquer est exclu non pas de son vocabulaire, mais de ses pensées : « Ne vous arrêtez pas quand vous serez fatigué. Arrêtez-vous quand vous aurez fini » (2023 : 7).

Relever régulièrement ce challenge de dépassement de ses propres limites est devenu une seconde nature chez David Goggins, pour qui l’effort physique est le meilleur instrument :

« Les défis physiques engendrent tant de douleur, tant de souffrance, qu’ils constituent le meilleur moyen de contrôler ses voix intérieures, et cette nouvelle force mentale, cette confiance que vous acquérez en continuant de vous surpasser physiquement se répercutera sur d’autres aspects de votre vie. » (2023 : 211)

Challenge n° 8. Planifier notre journée, notre semaine, notre année

C’est dans ce chapitre que l’auteur introduit le concept de « filet de sécurité », emprunté aux Navy Seals (dans le cadre de la navigation lors de déplacements tactiques). L’idée sous-jacente est que pour savoir si nous sommes sur le bon chemin (ne pas se perdre), il faudrait se fixer des repères, qui valident ou invalident le chemin choisi.

Cet outil servirait la planification, en plaçant des repères qui permettent de progresser sans se perdre. Car la planification :

– est un antidote à l’une des principales excuses, à savoir le manque de temps ;
– est un remède à la perte de temps (procrastiner, par exemple sur les réseaux sociaux ou devant la télévision) ;
– affine la discipline, en limitant les distractions, y compris celles du cercle d’amis, qui va « naturellement » se restreindre ;
– fixe des temps de repos et de récupération.

En d’autres termes, selon l’auteur, « c’est à vous de trouver le moyen de vous débarrasser de tout le superflu » (2023 : 230). Or, contenir le superflu et la perte de temps, tenir ses objectifs et préserver sa récupération passent par des « filets de sécurité », placés dans la planification.

L’auteur propose de panifier ses semaines en se fixant des objectifs (à surpasser, mais pas trop, grâce à certains « filets de sécurité ») :

– combien de pompes ?
– combien de kilomètres parcourus ?
– combien d’heures de réseaux sociaux (au maximum, c’est-à-dire en visant une baisse progressive) ?
– combien de sodoku ?
– combien d’heures de travail productives ?
– combien d’heures de sommeil et de repos ?
– combien de repas avec vos amis ?
– combien de calories consommées par jour ?
– combien de pages lues par jour ?
– etc.

Tout ceci devenant autant de « filets de sécurité » garantissant de veiller à son équilibre, de ne pas sacrifier un objectif sur l’autel d’un autre.

Challenge n° 9. Ne jamais cesser de vouloir devenir une meilleure version de soi-même

La suffisance (estimer avoir atteint ses objectifs), le manque de discipline (trouver des excuses), voire l’arrogance (s’assoir sur ses victoires), nous encouragent à baisser la garde, à ne plus se surpasser encore et encore, à se déprécier plutôt qu’à s’améliorer :

« La plupart des gens, pour peu qu’ils cherchent à se dépasser, ne le feront que jusqu’à un certain point. Dès qu’ils auront atteint un plateau confortable, ils se détendront et prendront le temps de savourer le fruit de leurs efforts, mais cela peut se décrire d’une autre manière. Cela s’appelle se ramollir […]. » (2023 : 261)

David Goggins estime que le travail sur soi et le dépassement de soi ne prennent fin qu’avec la mort : on ne devrait jamais cesser de se surpasser, de continuer à progresser et de devenir une meilleure version de soi-même. Se surpasser devrait devenir un état d’esprit : remettre sans cesse les compteurs à zéro et se fixer de nouveaux objectifs. Il s’agirait de continuer :

– à sortir de sa zone de confort,
– à se fixer de nouveaux objectifs,
– à acquérir de nouvelles compétences,
– à faire de nouvelles expériences,
– à « redevenir l’idiot de la classe »…

Progresser et devenir la meilleure version de soi-même ne doivent donc pas s’accompagner de l’essor d’un sentiment de supériorité ou d’une forme d’arrogance. Car finalement, « nous menons tous le même combat. Nous sommes tous partagés entre le confort et la performance, entre nous contenter d’une certaine médiocrité et accepter de souffrir afin de devenir une meilleure version de nous-mêmes, et ce en permanence » (2023 : 263).

L’auteur nous invite donc à ne jamais se satisfaire de ce que l’on a atteint ou réalisé, et de se fixer toujours de nouveaux objectifs, d’être toujours en quête de nouveaux efforts : « Continuer à placer des obstacles sur votre chemin, car c’est ainsi que vous serez confronté à une résistance qui vous permettra de devenir encore plus fort » (2023 : 271).

Challenge n° 10. Faire de nos échecs une leçon, non une sentence

Pour présenter ce dernier challenge, David Goggins relate son échec lors de sa première tentative de battre le record du monde de tractions. Plutôt que de se décourager de cette cuisante défaite (devant des millions de spectateurs), il en fait l’autopsie : « À mes yeux, un échec n’était rien qu’un marchepied vers un futur succès » (2023 : 286). Et il ajoute :

« […] Dans la vie, il n’est pas de cadeau aussi peu considéré et aussi inévitable qu’un échec » (2023 : 294).

Il dresse alors la liste des raisons qui l’ont forcé à abandonner : « […] Si vous y regardez de plus près, vous identifierez les clés qui vous permettront de procéder à différents ajustements et la manière d’atteindre votre objectif » (2023 : 294-209). Il plaide aussi pour reconnaitre ce qui a bien marché dans l’échec (ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain). Enfin, il rappelle le risque constant d’endosser le rôle de victime : « [La plupart des gens] préfèrent rester dans le déni. Ils reportent la faute sur les autres, invoquent la malchance ou de mauvaises circonstances » (2023 : 296). Suite à cette autopsie sans concessions, il relèvera à nouveau le défi et battra le record du monde de tractions, réalisant 4030 tractions en 17 heures.

Cette autopsie devrait se faire sans complaisance : elle doit être brutale ; elle doit permettre d’apprendre, non pas de trouver des excuses. À ce propos, l’auteur observe que « nous sommes nombreux à nous entourer de personnes qui ne parlent que pour satisfaire notre désir de confort. Des personnes qui préfèrent panser nos plaies et prévenir toute nouvelle blessure plutôt que de nous aider à nous endurcir afin que nous puissions recommencer » (2023 : 294) : « Peut-être que vos limites viennent de ce que vous avez grandi entouré de soutien et dans le confort sans jamais chercher à vous dépasser ? » (Goggins 2023 : 38).

En définitive, réaliste, David Goggins sait que le chemin de la vie est parsemé de réussites et d’échecs. Les réussites doivent être rangées dans la « boîte à cookies ». Les échecs doivent être autopsiés pour en apprendre quelque chose (qu’est-ce qui a bien fonctionné et qu’est-ce qui n’a pas bien fonctionné ?). Il faut admettre ce qu’il faut améliorer, afin de transformer le prochain essai en réussite. Puis le ranger dans la « boîte à cookies ».

Challenge bonus. S’entraîner fort, mais avec souplesse

C’est dans cette recherche permanente de dépassement de soi et de ses limites que David Goggins va finalement être confronté à un terrible burn-out physique. Dans cette phrase de sa vie, où les pronostics médicaux se sont faits très pessimistes, David Goggins va découvrir la gratitude (pour tout ce qu’il a pu réaliser), une certaine paix intérieure et une plus grande clarté de l’esprit : « Pendant trente-huit ans j’avais mené une guerre incessante et à présent, face à ce qui s’annonçait comme la fin, je trouvais la paix » (2023 : 314).

Face à ce qui rimait avec fin de vie, David Goggins tentera finalement des exercices d’étirement. Il descendra péniblement de son lit pour réaliser des heures d’étirements, et mois après mois, peu à peu, il va recouvrer la santé. Et ce sera sa dernière leçon : s’entraîner fort, mais avec souplesse ; considérer les étirements au quotidien et le repos comme de précieux « filets de sécurité ».

Conclusion : « et si ? »

La vie est parsemée d’échecs. Or, « la plupart d’entre nous sont programmés pour rechercher le confort afin d’anesthésier leur esprit et d’atténuer les coups que la vie leur porte » (2023 : 322) :

« Nous nous créons des espaces sécurisés. Nous consommons des médias qui nous confortent dans nos convictions, nous choisissons des loisirs qui correspondent à nos talents, nous essayons de passer le moins de temps possible à effectuer les tâches qui nous rebutent, et cela nous ramollit. Nous menons une vie définie par les limites que nous imaginons et auxquelles nous aspirons, car c’est ce qu’il y a de plus confortable. » (2023 : 322)

Si la recherche de sa zone de confort dicte ce que nous faisons, alors le risque est grand de ne pas réaliser grand-chose : assumer toute notre responsabilité (miroir des responsabilités), puiser dans son passé pour surmonter ses défis (boîte à cookies), se rappeler que les limites que l’on se fixe sont le résultat d’un cerveau bridé (règle des 40%). Ce sont trois règles qui invitent à contrôler son mental (esprit endurci : « La plupart des combats se gagnent ou se perdent dans notre tête […] », 2023 : 294) et à dominer son processus de pensée (abandonner ?). L’auteur est très clair ce qu’il faut faire : « Réalisez les dix challenges. Recommencez. La répétition endurcira votre esprit » (2023 : 7).

On l’aura compris, David Goggins est un fervent partisan de la sortie permanente de sa zone de confort (« briser les chaînes et se projeter au-delà des limites perçues », 2023 : 322), partisan de l’effort et du travail (acharné et discipliné), convaincu que « notre culture est devenue accro à la solution miracle, aux raccourcis qui permettent d’améliorer la vie, à l’efficacité. Tout le monde est à la recherche de l’algorithme d’action simple qui permettra de maximiser les profits avec un minimum d’efforts » (2023 : 227).

Entre la recherche de confort et les discours bien-pensants du moindre effort, entre les limites bridant notre cerveau (règle des 40%) et celles de notre entourage, entre la peur de l’échec et la peur de la réussite, bien des choses paraissent impossibles. D’où la question conclusive « et si ? ». Cette simple expression gomme la négativité et « permet de rendre l’impossible un peu plus possible » (2023 : 323). En conclusion, quel sera votre prochain « et si ? » ?

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