La méthode Coué

par | Jan 29, 2026 | 0 commentaires

Références:

Coué, Émile

La méthode Coué : la maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente

Club positif

2021 (1922)

Résumé

Émile Coué (1857-1926), pharmacien de son état, a très vite constaté que les croyances autour d’un médicament ainsi que les conseils prodigués par le pharmacien pouvaient avoir un impact plus important sur le patient que le médicament lui-même. C’est ainsi qu’il deviendra célèbre par sa méthode de la « suggestion » et de l’« autosuggestion », qui pourrait avoir inspiré des principes tels que l’effet placebo (2021 : 75-76), l’effet pygmalion ou encore la pensée positive. L’idée de base était qu’en cultivant des autosuggestions positives et en éradiquant les autosuggestions négatives, on améliorerait sa santé physique et psychique.

La primauté de l’imagination (inconscient) sur la volonté (conscient)

Sa théorie part du constat selon lequel tout un chacun aurait une part consciente et une part inconsciente. Or, l’inconscient « est pourvu d’une mémoire merveilleuse. […] Il est crédule et accepte, sans raisonner, ce qu’on lui dit » (2021 : 2). On n’est ici pas très éloigné des considérations de Daniel Goleman, pour qui, dans L’intelligence émotionnelle, les émotions joueraient un rôle prépondérant, devant la rationalité, dans les prises de décisions : « Les actions déclenchées par l’esprit émotionnel s’accompagnent d’un sentiment de certitude particulièrement fort, sous-produit d’une perception simplifiée, économique, qui est parfois absolument déconcertante pour l’esprit rationnel » (Goleman 1997 : 429).

Il en résulterait que la part inconsciente (imagination, que l’on pourrait aussi associer aux « émotions inconscientes » et plus largement aux croyances et pensées limitantes) dominerait très largement la part consciente (volonté). L’auteur présente l’exemple du vertige. En faisant l’expérience de traverser une planche de bois de 10 mètres de long sur 25 cm de large posée au sol, tout un chacun y parviendrait sans difficultés. Mais en la plaçant entre les « deux tours d’une cathédrale », personne ne pourrait plus s’y aventurer : « Dans le premier cas, vous vous imaginez qu’il vous est facile d’aller jusqu’au bout de cette planche, tandis que, dans le second, vous vous imaginez que vous ne le pouvez pas » (2021 : 3). À l’aune de divers exemples de ce type, l’auteur arrive à la conclusion que c’est « toujours l’imagination qui l’emporte sur la volonté, sans aucune exception » (2021 : 4). Selon cette perspective, le cerveau ne ferait pas de différence entre la réalité et les croyances, et l’imagination l’emporterait toujours sur la raison (volonté).

Croyances, suppositions, émotions, pensées limitantes inconscientes, auraient donc une puissance considérable :

« […] Nous qui sommes si fiers de notre volonté, nous qui croyons faire librement ce que nous faisons, nous ne sommes en réalité que de pauvres fantoches dont notre imagination tient tous les fils. » (2021 : 5)

Or, pour l’auteur, cette imagination nous entraînerait facilement comme un torrent (de pensées), à l’image d’un cheval sauvage. Mais « que le cavalier vienne mettre des rênes à ce cheval, et les rôles sont changés » (2021 : 7). La puissance de l’imagination pourrait en effet être domptée par la suggestion, qui consisterait à « imposer une idée au cerveau », ou par l’autosuggestion, qui consisterait en « l’implantation d’une idée en soi-même par soi-même » (2021 : 8).

La méthode Coué consisterait donc à remplacer l’autosuggestion inconsciente par l’autosuggestion consciente :

« Si vous vous persuadez à vous-même que vous pouvez faire une chose quelconque, pourvu qu’elle soit possible, vous le ferez, si difficile qu’elle puisse être.
Si au contraire, vous vous imaginez ne pas pouvoir faire la chose la plus simple du monde, il vous est impossible de la faire et les taupinières deviennent pour vous des montagnes infranchissables. » (2021 : 10)

Plus largement, un malade serait malade parce qu’il s’imaginait être malade, et inversement ; un dépressif serait malheureux parce qu’il s’imaginait être malheureux, et inversement. L’idée d’insomnie créerait l’insomnie ; l’idée de crise nerveuse créerait la crise nerveuse ; l’idée de migraine créerait la migraine ; etc. L’imagination serait ainsi aussi puissante que dangereuse, source de guérisons quasi miraculeuses, mais cause aussi de nombreux maux.

Une nuance toutefois : l’auteur précise bien qu’une guérison n’est possible que « pourvu qu’elle soit possible ». Il ne prétend pas que l’autosuggestion consciente permette de faire repousser une jambe sectionnée : « Si l’idée est réalisable, elle se réalise : si elle ne l’est pas, naturellement elle ne se réalisera pas, car nous ne pouvons pas réaliser l’irréalisable » (2021 : 66). Une autre mise en garde de l’auteur : « La pratique de l’autosuggestion ne remplace pas un traitement médical, mais c’est une aide précieuse pour le malade comme pour le médecin » (2021 : 100). À l’inverse, la médecine ne pourrait rien contre un mal qui ne serait pas « anatomique » : des douleurs fantômes à la suite de l’amputation d’un membre par exemple, de même que certaines formes de surdités, ne pourraient être traitées que par l’autosuggestion consciente (2021 : 70).

La méthode Coué viserait donc à dompter l’imagination (les croyances et pensées limitantes), tout en respectant un principe fondamental : « La volonté n’intervient pas dans la pratique de l’autosuggestion ; car, si elle n’est pas d’accord avec l’imagination, si l’on pense : “je veux que telle ou telle chose se produise”, et que l’imagination dise : “tu le veux, mais cela ne sera pas”, non seulement on n’obtient pas ce que l’on veut, mais encore on obtient exactement le contraire » (2021 : 11). Cette limite n’est d’ailleurs pas sans rappeler le principe de la loi d’attraction.

Pour dompter l’imagination sans faire appel à la volonté, mais en recourant à la suggestion ou à l’autosuggestion, il faudrait respecter quatre principes :

« 1. quand la volonté et l’imagination sont en lutte, c’est toujours l’imagination qui l’emporte, sans aucune exception ;
2. dans le conflit entre la volonté et l’imagination, la force de l’imagination est en raison directe du carré de la volonté ;
3. quand la volonté et l’imagination sont d’accord, l’une ne s’ajoute pas à l’autre, mais l’une se multiplie par l’autre ;
4. l’imagination peut être conduite. » (2021 : 12)

Comment conduire son imagination ?
Comment pratiquer l’autosuggestion consciente ?

Selon l’auteur, on ne peut penser qu’à une seule chose à la fois et en occupant son esprit par une pensée spécifique, elle deviendrait vraie pour nous et se réaliserait. Si cette pensée est positive, elle aura un impact bénéfique. Des mots devraient pour cela être bannis de notre vocabulaire et de nos pensées : « Difficile, impossible, je ne peux pas, c’est plus fort que moi, je ne peux pas m’empêcher de… » (2021 : 18). À partir du moment où une chose peut être objectivement réalisée, alors il faudrait au contraire se dire « Je peux y arriver, ce n’est pas difficile ». Car en doutant trop de soi-même, le risque serait grand d’échouer ; mais en étant confiant, les chances seraient grandes de triompher :

« Nous possédons en nous une force d’une puissance incalculable qui, lorsque nous la manions d’une façon inconsciente, nous est souvent préjudiciable. » (2021 : 49)

Pour inoculer ces pensées positives, Émile Coué suggère de réciter des « litanies », des mantras, de manière à les « faire pénétrer mécaniquement dans l’inconscient » (2021 : 21). Il en irait de même envers les autres, comme les malades (pour les guérir), les dépressifs (pour les rendre heureux) ou encore ses propres enfants : « Procédé excellent à employer par les parents pour faire l’éducation de leurs enfants et les débarrasser de leurs défauts » (2021 : 40).

Le mantra final

Selon l’auteur, nous passerions notre vie à alimenter des autosuggestions inconscientes, jour après jour. Ces autosuggestions seraient la plupart du temps négatives. Pour y remédier, l’auteur préconise de pratiquer l’autosuggestion consciente matin et soir – ce qui n’est pas sans rappeler le rituel Maui de la méthode des petites habitudes de BJ Fogg (2019 : 20) –, de manière à contrecarrer les autosuggestions inconscientes produites dans la journée :

« Donc, aussi longtemps que vous vivrez, tous les matins en vous réveillant, tous les soirs dès que vous êtes au lit, fermez les yeux et répétez vingt fois de suite avec vos lèvres, assez haut pour entendre vos propres paroles, sans chercher à fixer votre attention sur quoi que ce soit, et en comptant machinalement au moyen d’une ficelle munie de vingt nœuds […], la formule suivante : “Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux.” » (2021 : 93)

Pour clore cette synthèse, voici quelques idées d’Émile Coué directement associées aux pensées limitantes et à l’autosuggestion :

– « Ce ne sont pas les années qui font la vieillesse, mais bien l’idée qu’on devient vieux ; il y a des hommes qui sont jeunes à 80 ans et d’autres qui sont vieux à 40 » (2021 : 109).
– « Est riche qui se croit riche, pauvre qui se croit pauvre » (2021 : 110).
– « Pour jouir de la richesse, il faut avoir mangé de la vache enragée ; pour jouir de la santé, il faut avoir été malade » (2021 : 110).
– « Se croire maître de ses pensées fait que l’on en devient maître » (2021 : 112). Ainsi, « la crainte de l’échec le fait presque sûrement échouer, de même que la pensée du succès le conduit au succès : les obstacles qu’il rencontrera, il les surmontera toujours » (2021 : 114).

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